La peau : une carapace fragile que nous devons préserver

La peau : une carapace fragile que nous devons préserver

Se sentir bien dans sa peau ? Rien de plus simple.
Nous avons demandé à DermatoDrey de nous livrer ses conseils.

 

dermatodrey
Une Aixoise on line

Passionnée d'équitation et de ski et native d'Aix-en-Provence, Audrey est médecin dermatologue depuis 10 ans.
Elle est présente sur les réseaux sociaux en tant que "Dermato Drey" et
cartonne sur sa chaîne YouTube avec des vidéos d'information médicale.
Les réponses d'Audrey à toutes vos questions...

Quels sont les principaux soins que nous devons apporter à notre peau ces prochains mois ? 

Bien au-delà des réflexes qui peuvent varier d’une saison à l’autre, il y a les bons gestes valables toute l’année. Commencez par préserver un sommeil de 7 à 8h par nuit si possible, en vous couchant avant minuit et évitez de regarder des écrans (télévision, ordinateur, téléphone) 2h avant de vous coucher pour bien s’endormir.
Pensez à boire suffisamment d’eau, au moins 1,5 litre par jour, et en été cela peut aller jusqu’à 3 litres par jour. Evitez tous les toxiques notamment le
tabac et l’alcool : pas plus de 2 verres par jour et pas tous les jours.
Mangez au moins 5 fruits et légumes par jour et veillez à conserver une activité physique régulière au moins 30 minutes par jour 5 jours par semaine pour éviter la prise de poids afin de ne pas dépasser 25 d’IMC. Prendre une douche chaque jour, si possible le soir.

Nourrir et hydrater sa peau est-ce si différent ?

Non, ce n’est pas très différent. En effet, la peau est constituée principalement de 2 couches : l’épiderme qui est imperméable et recouvert d’un film gras (le sébum) et le derme en dessous qui est de la chair donc humide. L’eau présente dans le derme vient du sang, elle ne peut pas être apportée par l’extérieur. Mais l’épiderme n’est pas 100% imperméable, il laisse passer un peu de vapeur vers l’air extérieur qu’on appelle la perte insensible en eau. Elle est plus élevée chez les personnes qui ont la peau « sèche ».
Quand on met de la crème « hydratante », on reconstitue le film gras qui imperméabilise l’épiderme, par conséquent l’eau reste mieux dans le derme.
Quand on se baigne, on n’hydrate pas sa peau, voire même quand on se baigne beaucoup on finit par abîmer le film protecteur de l’épiderme, surtout si on savonne ou si l’eau est chlorée, donc on peut assécher la peau.

Une recette de grand-mère préconise d’appliquer de l’huile d’olive pour « nourrir » sa peau, est-ce vraiment efficace ?

Ce n’est pas mauvais pour la santé, cela peut permettre de regraisser temporairement l’épiderme, mais pour les personnes qui ont la peau sèche, ce ne sera jamais suffisant car la composition de l’huile d’olive ne couvre pas du tout le manque de sébum. En effet il a une composition bien plus complexe avec des acides gras mais aussi des cires, du squalène… qu’on ne trouve pas dans une seule huile végétale.

Donc un savon de Marseille à 72% d’huile d’olive est-ce bon pour hydrater ma peau ?

Non, le savon de Marseille n’hydrate pas du tout la peau. Le savon de Marseille est effectivement composé de 72% d’huile d’olive, mais le 2e ingrédient est de la soude caustique. C’est ce qui permet de fabriquer le savon, c’est une molécule qui nettoie bien la peau car elle possède un côté lipophile et un côté hydrophile. Le savon de Marseille est un nettoyant puissant, qui décape le film lipidique naturel de la peau. Sur une peau normale, solide, il se reconstitue en permanence, mais sur une peau sèche ou fragile le savon va favoriser les problèmes de dermites et d’eczéma… Par ailleurs le pH du savon est situé entre 8 et 10 (alcalin), alors que celui de la peau est autour de 6 (acide), donc le savon perturbe l’acidité naturelle de la peau et l’écosystème fragile qui se trouve dessus.

Au soleil comment se protège-t-on ?

En priorité on adapte ses activités extérieures pour éviter les heures les plus chaudes, entre 12h et 16h en France, en été. On s’assied toujours à l’ombre pour se reposer ou déjeuner, on prévoit des parasols si le terrain n’a pas d’ombre naturelle. Pensez aux vêtements couvrants : un polo avec des manches et un petit col c’est mieux qu’un débardeur qui expose les épaules et le décolleté, on met un paréo sur ses jambes, on se baigne avec un tee-shirt en lycra, c’est beaucoup plus pratique que de remettre de la crème régulièrement.

Doit-on utiliser de la crème ou du gel pour les parties exposées au soleil ?

La crème solaire doit être réservée aux zones de la peau non couvrables : le visage, les avant bras et les jambes quand il fait très chaud… Il existe de très nombreuses formes galéniques de produits de protection solaire, tout le monde peut trouver ce qui lui conviendra bien, selon son type de peau et ses activités.
Il existe des produits totalement transparents et non gras, ou au contraire des produits blancs plus épais et parfaitement résistants à l’eau. Votre pharmacien ou votre dermatologue sauront vous conseiller pour choisir avec vous le produit le plus adapté. J’ai réalisé justement une vidéo d’explications sur les produits de protection solaire disponible sur YouTube : Dermato Drey.

Le sel de mer sur la peau c’est mauvais ? L’iode de l’eau de mer est-elle bonne pour la peau ?

Le sel de l’eau de mer n’est pas mauvais car il est présent en faible quantité dans l’eau de mer, ce qui lui donne une composition proche du sérum physiologique. En revanche, quand l’eau de mer sèche sur la peau, elle s’évapore et laisse le sel se cristalliser. Si la peau est irritée, le sel déposé va « pomper » l’eau de la peau. C’est pourquoi il faut bien se rincer après les baignades si notre peau est irritée ou présente des petites plaies. Par ailleurs des bactéries peuvent être présentes dans l’eau de mer et pourraient utiliser ces plaies comme porte d’entrée.
L’iode est présente en très faible quantité dans l’eau de mer, comme tous les oligoéléments. Elle n’a pas d’action directe sur la peau. On la retrouve dans le sel de mer qu’on utilise en cuisine, et permet le bon fonctionnement de la thyroïde.

Quels aliments privilégie-t-on à la belle saison pour notre peau ?

En été c’est l’occasion de profiter des fruits et légumes de saison, qui représenteront un bon apport de fibres et de vitamines hydrosolubles (vitamines du groupe B, vitamines C et K…) Les fibres permettent de réguler le transit et diminuent le risque de cancer du côlon. Attention aux fruits en excès, ce sont quand même des sucres rapides, même s’ils sont moins sucrés bien sûr que les sodas, biscuits et autres produits raffinés. Les sucres rapides favorisent l’inflammation dans toutes les pathologies : pour la peau ils favorisent l’acné, et leurs effets néfastes sont bien connus sur le plan cardiovasculaire, favorisant le diabète et les dyslipidémies (augmentation des graisses dans le sang), et à long terme les accidents cardiovasculaires (infarctus du myocarde, accidents vasculaires cérébraux).
Pour la peau, la vitamine B3 (appelée également PP, ou niacinamide) a prouvé une efficacité en prévention de cancers de la peau. On la retrouve dans le poulet, le thon, le saumon, le foie…

Quels soins réserve-t-on à sa peau lorsqu’on est en cours de radiothérapie ou de chimiothérapie ?

Au cours des semaines de radiothérapie, prenez soin de la zone traitée d’abord en la nettoyant correctement chaque jour avec un savon très doux (savon surgras, pH neutre, huile nettoyante), et la sécher doucement, en tapotant avec une serviette. Ensuite appliquez chaque soir une crème hydratante ou cicatrisante, même en prévention quand la peau n’est pas encore irritée. Vous pouvez demander conseil à votre médecin radiothérapeute ou à votre pharmacien. Il faut éviter d’appliquer une crème ou tout produit gras sur la peau dans les heures qui précèdent la radiothérapie, cela augmente le risque de brûlure cutanée.

La chimio a-t-elle des conséquences sur notre peau ?

Oui la plupart des chimiothéra pies ont un impact sur la peau en gênant le renouvellement de l’épiderme. La peau a tendance à devenir plus sèche, plus fragile. Il faut privilégier un produit de toilette très doux, et l’hydrater régulièrement. Elle peut aussi présenter une pigmentation inhomogène en cas d’exposition solaire, il faut donc se protéger très efficacement contre les UV. Certaines chimiothérapies peuvent provoquer une réaction cutanée au niveau du visage qui ressemble à de l’acné ou de la rosacée, avec des boutons rouges et des pustules. Votre oncologue pourra vous prescrire un traitement pour diminuer cette éruption.
D’autres produits peuvent favoriser une atteinte des mains et pieds, avec un épaississement de la peau, ou des atteintes des ongles. Si ces lésions sont gênantes n’hésitez pas à en parler également à votre oncologue, il adaptera vos doses de chimiothérapie si besoin. Dans tous les cas, votre médecin oncologue ou cancérologue est le premier interlocuteur pour ce type de réaction, sinon votre médecin généraliste ou un dermatologue pourront également vous aider.

Huiles essentielles : attention aux fausses promesses

Les huiles essentielles sont des produits très concentrés et très efficaces quand ils sont bien utilisés, mais plusieurs risques existent : les recettes « maison » ou recettes « de grand-mère » que l’on trouve sur internet ne font l’objet d’aucune vérification scientifique, chacun peut donc poster sa propre recette, avec des huiles essentielles inefficaces ou dangereuses.

  • les huiles essentielles, que ce soit en application cutanée ou en diffusion dans l’air, sont pour la plupart contre indiquées pour les femmes enceintes (risque de fausse couche) et les nourrissons de moins de 30 mois. Chez les enfants, il faut les utiliser avec prudence, toujours correctement diluées.
  • Les risques principaux à connaître sont le risque neurologique (épilepsie) et respiratoire (bronchospasme) donc méfiance pour les personnes épileptiques ou asthmatiques.
  • De nombreuses huiles essentielles sont irritantes pour la peau, soit par elles-mêmes (cannelle, gaulthérie…) soit en cas d’exposition solaire (toutes les essences d’agrumes sont photosensibilisantes sauf si extraction des furocoumarines). Il peut en résulter de graves brûlures avec des cicatrices.
  • Enfin la provenance des huiles essentielles est capitale. Elle est contrôlée pour les marques reconnues en pharmacie, mais à l’appréciation de chacun quand il s’agit d’un producteur ou revendeur local, voire pire sur internet

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