Patrick Bruel l’homme aux mille facettes.

Patrick Bruel l’homme aux mille facettes.

Des longues semaines de confinement liées à la pandémie de coronavirus, l'artisite gardera le souvenir d'un formidable mouvement de solidarité.

A quelques mois d'une série de concerts "intimes" pour se rapprocher toujours plus de son public, l'artiste évoque le cancer, sa famille, ses projets et son oliveraie en Provence.

Quelques mois après votre mise en quarantaine et votre guérison du Covid-19,
comment allez-vous ?

“Lorsque les premiers symptômes sont apparus, c’était assez violent. J’ai été confiné tout seul dans mon appartement à Paris pendant 5 semaines, et à un moment donné, je reconnais que j’ai eu un peu peur parce que l’appréhension pouvait me laisser augurer du pire. On ne sort pas indemne de cette sombre histoire à titre personnel ou collectivement. Fort heureusement, mes enfants étaient partis dans le Sud. Je laisse derrière moi ces mauvais souvenirs et je m’estime plutôt privilégié car je fais partie de ceux qui, a priori, sont du bon côté maintenant, mais je reste très vigilant.

Comment avez-vous été accompagné médicalement durant cette période ?

“Je ne suis pas allé à l'hôpital, tout s’est fait avec mon médecin de ville et un autre médecin par téléphone. Lorsque le stress arrive, il faut essayer de remettre les choses en place et avoir un interlocuteur. C’est très important d'avoir un interlocuteur de confiance dans le corps médical. Aller à l’hôpital, ç’aurait été une deuxième étape. Beaucoup de gens en panique se sont dirigés immédiatement vers l'hôpital et n’ont peut-être pas assez mesuré l’utilité et l’efficacité de la médecine de ville.

Vous avez donné beaucoup de mini-concerts, avec notamment l’interprétation du titre “Héros”, était-ce un moyen de partager et vivre en communion avec votre public ?

“Cette période a été celle de l’avènement du télétravail, de la relation numérique. Personnellement, j’ai organisé beaucoup de rendez-vous par téléphone et les réseaux sociaux ont permis de garder nos liens. J’ai donné deux concerts en live par semaine qui étaient suivis chacun en moyenne par 25 000 - 35 000 personnes.
La semaine était rythmée par un jour de préparation, un jour pour le concert, un jour pour se débriefer… Tout ceci m’a pris 5 jours à plein temps où je n’ai rien fait d’autre que mon métier, partager ma passion.
“J’ai essayé de joindre l’utile à l’agréable en assortissant chacun de mes concerts d’un appel aux dons. Je suis assez fier de voir que les internautes ont joué le jeu de venir sur le concert et de participer à la cagnotte. Je me suis engagé à doubler la somme à la fin de cette période, on verra où tout ceci nous mène.

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Une opération gagnante à tout point de vue…

“J’en ai profité pour retravailler toutes mes chansons, repartir dans mon répertoire, chanter des choses que je n’avais pas chantées depuis des années, pratiquer mon piano, ma guitare, pratiquer ma grande approche de la technologie, qui parfois s’est avérée assez dramatique mais c’est toujours resté assez drôle…

Des rendez-vous qui ont pansé les plaies de l’isolement…

“Je voyais parfois les commentaires s’afficher en direct, parfois même ça me troublait dans l’interprétation des chansons. Et comme il y a eu beaucoup de nuits d’insomnies dans cette période, je relisais les commentaires et je vous assure que c’était vraiment bouleversant. Il y aura un avant et un après, quelque chose d’incroyable sur la remise en question de nos rapports avec les autres, la liberté, la solitude, la nature. Ce ne sera pas simple car tout le monde va repartir dans son quotidien avec les mêmes difficultés. Après une période de solidarité, on risque de vivre une grande crise d’individualisme car beaucoup de gens laissent énormément de plumes dans cette histoire et ça risque d’être très dur… Il faudra tous être solidaires.

Le cancer est abordé dans votre filmographie...

“On a tous malheureusement des proches qui ont été touchés par cette horreur. J’ai souvent participé à des opérations de lutte contre le cancer et me suis trouvé au côté du cancérologue David Khayat dans son combat. J’ai joué le rôle d’un cancérologue dans un film “le Code a changé” et nous avons tourné à la Pité-Salpétrière à Paris. Pendant 3 semaines je jouais au 1er étage avec des figurants, mais il y avait des vrais malades aux 2e et 3e étage ; je faisais alors avec David Khayat la visite, rencontrant des gens de toute génération, de tout âge, frappés à des stades différents par le cancer, qui présentaient des réactions différentes aux protocoles. J’ai pu voir le travail du cancérologue et du psychologue qu’il doit être en même temps pour rassurer, annoncer… J’ai vécu des moments assez forts à ce moment-là. 

Vous vous êtes engagé contre le cancer...

“Sur les 350 000 cas de cancer par an, il y en a 150 000 liés à la cigarette dont la moitié sont mortels. Donc oui je me suis pas mal engagé dans la lutte contre le tabac mais n'occultons pas les problèmes liés à la malbouffe ou environnementaux. J’essaie d’être le plus utile possible à mon humble niveau, communiquer, parler, aider… A titre personnel cela a touché beaucoup de gens très proches de moi.

Dans le film “le Meilleur reste à Venir” avec Fabrice Luchini, il s’agit d’une histoire d’amitié avec la maladie en toile de fond...

mag9 bruel03.filmjpg“Le héros du film ce n’est pas le cancer, c’est l’amitié et la manière d’envisager le départ de l’autre. Il y a plusieurs façons d’envisager le départ, d’ailleurs les deux personnages ne l’envisagent pas de la même façon puisque l’un va préférer ne pas le dire à l’autre suscitant parfois des situations drôles. C’est la force du film d’apporter un peu de légèreté et d’humour dans un sujet aussi grave. Ce film traite de l’accompagnement, de la famille, de l’amitié, du soutien car il y a beaucoup de détresse psychologique.

Le soutien moral vous semble essentiel...

“Il y a beaucoup de gens qui manquent de psychologie dans cette chaîne, j’ai des amis à qui on a appris un cancer par téléphone entre deux coups de fil. Il y a des gens qui ne prennent pas la peine de préparer les personnes à l’annonce d'une telle tragédie. C'est inadmissible. Bien sûr cela peut s'expliquer par l'urgence parfois qui règne dans les services mais il y a vraiment quelque chose à faire de ce côté-là.

Etes-vous allé à la rencontre de vos fans malades ?

“J'ai beaucoup, beaucoup fait, pendant toutes ces années de tournées, des rencontres avec des associations formidables, et notamment ces enfants de l’hôpital de la Timone que je rencontrais à chaque fois que je venais à Marseille, qui m’étaient présentés par des associations. J’ai rencontré énormément d’enfants, de parents, on m’a toujours remercié chaleureusement du temps passé, de ce que j’apportais, de ce que je donnais mais ce n’était rien à côté de ce que ça m’apportait à moi.
Rencontrer ces enfants, c'est ressentir leur force de vie. Je me rappelle de cette incroyable jeune fille, de 18-19 ans, à un stade très avancé, qui vivait à Clermont-Ferrand. J'étais allé la voir chez elle, au milieu de sa famille et j’avais été frappé de voir à quel point elle remontait le moral de son père, de sa mère, de ses frères, c’était admirable.
“J'ai été bouleversé par cette fillette de 7 ans, à Nantes, dont on m’avait dit qu’elle m’aimait beaucoup et dont les jours étaient malheureusement comptés. J’étais, la veille, à Tours et on devait aller à Nantes le lendemain ; alors le matin très tôt, j’ai dit à mon équipe : - Partons, allons à Nantes plus tôt”. Je n’ai prévenu personne pour qu’il n’y ait aucune publicité autour de cette venue et au dernier moment, je suis arrivé à l’hôpital. Je suis rentré dans la chambre de cette si jeune malade.
Il y avait sa maman, son papa et son jeune frère. C’est vrai que ce sont des moments incroyables car on est conscient de ce qu’on apporte, je me souviens du moindre détail au millimètre. Des moments comme ceux-là, j’en ai vécu beaucoup...

Quand vous êtes-vous installé à l’Isle-sur-la-Sorgue et pourquoi ?
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“Ça fait très longtemps que je viens en Provence, depuis le début des années 80, souvent invité par des amis et j’ai toujours rêvé d'y avoir un jour ma propre maison. J’ai toujours pris un plaisir fou à venir dans cette région. En 2006, j’ai eu l'opportunité d’acheter une propriété dans le Vaucluse et ça s’est concrétisé en 2007, un domaine sur lequel il n' y a avait qu'une cinquantaine d'oliviers. Au fil des années, cela s'est agrandi et nous avons commencé à faire de l'huile d'olive qui a rencontré un tel succès qu'aujourd'hui nous comptons près de 3000 oliviers cultivés dans le respect absolu de toutes les règles qu'impose la nature.

Quelles sont les personnalités que vous avez croisées sur place ?

“Renaud de temps en temps. Dave, Pierre Lescure également. Mais surtout Michel Leeb, mon cher voisin d'Oppède.

Cette maison est un refuge pour vous ?

“J’aime beaucoup être dans cette maison avec les enfants. Ils y sont très attachés et intéressés par tout ce qu’on y fait :
du miel, de l’huile d’olive, du vin, de la lavande...
Mes enfants ayant vécu 3 ans aux Etats-unis, j’avais envie qu’ils conservent une appétence pour leurs racines françaises et cette maison est là pour ça aussi.
Je suis très heureux quand toute la famille y est réunie.

Pourquoi avoir baptisé cette propriété Léos ?

“Leos car mes fils s’appellent Léon et Oscar et l’huile d’olive est dite “originelle” car c’est ici, sur ce plateau, au milieu du XIIIe siècle, qu’on a produit pour la première fois de l’huile d’olive. On ne va pas à la coopérative, on presse à château Virant, Christine Cheylan nous consacre une cuve spéciale, un traitement propre à nos seules olives, selon des règles presque artistiques dans la manière de travailler. On presse, goûte, et nous décidons ensemble. Depuis 5 ans, nous sommes très gâtés par les résultats.

Quel est votre volume de production et où peut-on l’acheter ?

“On sort environ 15 000 bouteilles au gré des millésimes ; on a un très bon rendement et on reçoit un excellent accueil de la part des professionnels puisque nos huiles sont multi-médaillées, notamment 6 médailles d'or en 5 ans. Nous sommes référencés entre autres, dans toutes les grandes épiceries fines de France, certaines au Canada, et aussi bientôt en Angleterre, aux USA et en Asie.

On vous devine très fier...

“Oui, d'autant plus qu'elle a été récompensée pour ce qu'elle est. Cette huile d’olive ne doit sa popularité qu'à elle-même, j’ai attendu 3 ans avant de mettre mon nom dessus car j’ai toujours voulu qu’elle fasse son propre chemin et se fasse connaître d’abord pour ses propres qualités...

Vous êtes bon cuisinier ?

“Bon, je ne sais pas, mais j'aime beaucoup cuisiner (rires). Confinement oblige, je me suis remis à la cuisine, à des tentatives, des petits essais que les enfants ont aimés, j’ai vu dans leurs yeux qu’ils étaient contents. Et puis, je dois reconnaître que je me suis fait aider par téléphone par des potes chefs qui m’ont donné de précieux conseils.

Comment préparez-vous votre retour à la scène ?

mag9 bruel02“Il faut penser comme un sportif de haut niveau quand on part sur des tournées-marathon comme celle-là, des concerts de 2h30 tous les soirs d’une semaine, ça demande beaucoup d’énergie. Je fais à peu près attention à tout, à mon sommeil, à mon alimentation et voilà. Je me dois d'arriver très en forme à 20h30 pour vivre avec le public des moments inégalables. Je pense qu’au printemps 2021, je partirai dans une tournée beaucoup plus intime, inspirée de ces stand up@home facebook lives qui m’ont donné envie d’encore plus de proximité.
Je partirai avec ma guitare et mon piano, quelques textes.
Quelque chose “comme à la maison” mais, pour l’instant, ce n'est qu'un projet”.

 

 

 

 

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www.patrickbruel.com

 

 

 

 

 

 

Cette interview a eu lieu au moment du confinement de la Covid-19.

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